Témoignage : Sonia, non-voyante et assistante sociale



Sonia*, non-voyante de naissance, travaille comme assistante sociale en clinique psychiatrique depuis 6 ans. Elle témoigne de son parcours.

Les femmes et le handicap

Osez le mix : Avez-vous suivi un cursus scolaire particulier ?

Sonia : J’ai intégré un collège adapté pour déficients visuels. Au lycée, j’ai suivi une scolarité classique, mais avec une auxiliaire de vie scolaire à temps plein. À l’époque, la loi de 2005 sur le Handicap n’existait pas, et il y avait peu de ce qu’on appelle des élèves « en intégration » dans les classes.

Aujourd’hui, avoir une personne à temps plein pour soi est presque impossible. Quant à mes 3 années à l’Université, en Psychologie, puis les 3 ans à l’école d’Assistante Sociale, elles se sont déroulées sans dispositif particulier, mis à part les cours qui m’étaient fournis en format numérique pour que je puisse les lire avec une synthèse vocale.


OLM :Comment s’est passée votre recherche d’emploi ?

Sonia : Suite à mon inscription chez Pôle Emploi, j’ai eu droit à un accompagnement par Cap Emploi, avec notamment des ateliers pour apprendre à présenter son handicap de manière positive en entretien d’embauche.

Cela dit, je m’attendais à une aide plus concrète pour la recherche d’emploi. Un handicap visuel comme le mien la ralentit fortement, puisque les sites Internet ne sont pas tous adaptés. Au final, j’ai trouvé l’annonce de mon poste seule, sur le site de Pôle Emploi.

Lors de l’entretien, le directeur, qui était sensible à la question du handicap, n’a voulu parler que de mes compétences. C’est moi qui ai dû mettre le sujet sur la table, pour parler des aménagements de poste nécessaires.

« Le handicap ne doit pas être le premier point abordé à l’entretien d’embauche. »


OLM : Qu'est-ce qu'il a fallu mettre en place pour l’aménagement de votre poste de travail ?

Sonia : Je possède un clavier d’ordinateur en braille. Sur le PC, des logiciels de vocalisation (qui lisent à haute voix ce qu’il y a à l’écran) ont été installés. Quand je me déplace, j’ai également une tablette numérique qui me permet d’écrire en braille et d’imprimer si besoin en alphabet classique.

C’est l’AGEFIPH qui a pris en charge le financement de tous ces outils, à 100 %. Ils proposent même de financer un.e accompagnant.e pour quelques heures par semaine.


OLM : Dans votre métier, en contact avec des personnes, comment est reçu votre handicap ?

Sonia : Avec mes collègues de travail, il y a une solidarité incroyable. Si j’ai le moindre souci pour finaliser un dossier ou autre, ils s’organisent pour m’aider.

Du côté des patients que je reçois en entretien, je pense qu’ils se passent le mot avant car ils sont rarement étonnés ! S’ils posent des questions, je prends le temps d’y répondre, pour ne pas polluer le reste des échanges.

Je me suis aussi rendu compte qu’être non-voyante me « protégeait » en quelque sorte. Quand un patient part en crise de colère, il quitte mon bureau, alors qu’il pourrait se montrer agressif physiquement avec une autre personne.


OLM : Pour vous, la prise en compte du handicap dans le monde du travail est-elle suffisante ? Si non, que manque-t-il ?

Sonia : Pour moi, le plus grand frein, c’est le montage du dossier pour la demande d’aides financières à l’aménagement de poste. C’est très lourd administrativement, et j’ai l’impression que les structures ne sont pas assez accompagnées. Si elles embauchent une personne en situation de handicap, il faut que les démarches qui suivent soient faciles, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Et d’une manière plus générale, je constate un manque de sensibilisation des employeurs à la question du handicap. Beaucoup d’outils et d’informations existent, mais ils ne s’en saisissent pas forcément.


OLM : Que diriez-vous à une femme en situation de handicap qui cherche un emploi ?

Sonia : Déjà, il faut savoir présenter son handicap de manière positive, et être au courant des aides financières auxquelles ont droit les employeurs.

Ensuite, le point le plus important, c’est que le handicap ne soit pas la première chose abordée lors de l’entretien d’embauche. L’idée, c’est qu’il devienne presque un « détail », même s’il faut savoir parler des aménagements de poste qui seront nécessaires.

Après, c’est comme pour n’importe quelle personne : si le travail est intéressant, que l’équipe est agréable, et que les outils mis à disposition fonctionnent, ça se passera bien !




*Le prénom a été changé à la demande de l’intéressée

Propos recueillis par la rédaction d’Osez Le Mix