Ces femmes qui ont révolutionné le sport au féminin

Les femmes et le handicap

La pratique sportive féminine, ça vous semble banal ? C’est pourtant le résultat d’un militantisme porté par de nombreuses femmes. Portraits choisis.

Les femmes et le sport, c’est une histoire de lutte, ou plutôt de luttes. Un combat mené par plusieurs figures à travers les âges, et qui démarre dans le pays des Jeux Olympiques, la Grèce, en 440 avant J-C.



Kallipáteira : la travestie grecque

Kallipáteira est issue d’une famille d’athlètes : un père pugiliste (combattant à mains nues), un fils coureur à pied, mais aussi un mari, trois frères et un neveu, tous sportifs et vainqueurs de nombreuses épreuves. Kallipáteira ne peut pourtant pas assister à ces triomphes : d’après la loi, toute femme mariée découverte sur le stade olympique doit être jetée du haut du mont Typaion. On ne plaisante pas à l’époque.
Faisant fi de la menace, après la mort de son mari, la grecque supervise l’entraînement de son fils et l’accompagne à Olympie pour les jeux, déguisée en homme bien entendu.
Hélas, emportée par la joie à la victoire de son enfant, elle saute par-dessus la barrière derrière laquelle elle se tient, accroche ses vêtements et dévoile malgré elle la supercherie.
Par respect pour les athlètes de sa famille, elle n’est pas punie, mais à partir de ce jour, une loi entre en vigueur pour obliger compétiteurs et entraîneurs à concourir nus.



Margot la Hennuyère : tenniswoman avant l’heure

Au début du 15e siècle, le jeu de paume, ancêtre du tennis moderne, est très en vogue dans la bourgeoisie française. En 1427, un participant fait sensation lors d’un tournoi parisien, et pour cause : c’est une participante ! Margot la Hennuyère, belge de son état, est même citée dans le « Journal d’un bourgeois de Paris », édité de 1405 à 1449, faisant de la jeune femme la première sportive à obtenir une couverture médiatique.
Le journal écrit (en vieux français dans le texte) : « En cette année 1427, vint à Paris une femme nommée Margot, assez jeune, comme de 28 à 30 ans, qui était du pays de Hainaut, laquelle jouait le mieux à la Paume qu’oncques homme eût vu, et avec ce, jouait devant main derrière main très puissamment, très malicieusement, très habilement, comme pouvait faire un homme, et peu venaient d’hommes à qui elle ne gagnât, si ce n’étaient les plus puissants joueurs ».



Amelia Bloomer : de la jupe à la culotte

« Vous voulez faire du sport mesdames ? D’accord, mais vous devrez conserver une part de féminité ! ». Voilà en substance le discours ambiant à la fin du 19e siècle aux États-Unis. Résultat : pendant de nombreuses années, les femmes peuvent faire de la course à pieds, mais en jupe longue. L’employée des postes Amelia Bloomer, née en 1818, n’est pas d’accord, et le fait savoir. Éditrice de la revue « The Lilly », dont elle ouvre largement les colonnes aux militantes du droit des femmes, elle se bat pour une réforme vestimentaire majeure en défendant son invention,
un « ensemble composé d’une jupe courte portée sur un pantalon à la turque ».


Les femmes françaises dans la rue en 1948
Amelia Bloomer portant sa création, 1851

Rapidement baptisé « bloomer », du nom de sa créatrice, il se démocratise vers 1880, notamment dans la pratique de la bicyclette. Le bloomer désigne aujourd’hui un short-culotte, utilisé majoritairement par les femmes, mais aussi par les hommes, en athlétisme ou en volley-ball surtout.


Alice Milliat : la militante internationale

Le 20e siècle démarre en même temps que les premières sections sportives féminines. Mais ce n’est pas pour autant que ces messieurs voient d’un bon œil l’arrivée des femmes dans le sport. Pierre de Coubertin, créateur en 1894 du Comité International Olympique (CIO), déclare en 1912 : « Les Jeux Olympiques devraient être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs ». La même année, deux professeurs de gymnastiques fondent à Paris Fémina Sport, l’un des premiers clubs omnisports féminin. C’est là qu’Alice Milliat fait ses armes en tant que rameuse émérite (elle est la première femme à recevoir le brevet attestant qu’elle a parcouru 80 km en aviron dans un temps imparti).

Les femmes françaises dans la rue en 1948
Alice Milliat sur son aviron


La sportive et militante féministe prend la tête de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France (FSFSF) en 1919, deux ans seulement après sa création. L’une de ses premières actions est de demander au CIO, alors présidé par Pierre de Coubertin, d’inscrire des épreuves féminines d’athlétisme au Jeux Olympiques de 1920, à Anvers. C’est un refus catégorique.
L’échec ne démotive pas Alice Milliat, au contraire, puisqu’elle fonde en 1921 la Fédération Féminine Sportive Internationale (FFSI), constituée à sa création de la Grande-Bretagne, la Tchécoslovaquie, les États-Unis, l’Espagne et bien sûr la France. Dans la foulée, les Jeux mondiaux féminins sont organisés. Pas pour créer une compétition durable, parallèle à celles des hommes, mais pour montrer au CIO que les femmes ont des capacités sportives qui méritent d’être intégrées au programme olympique.
Le combat d’Alice Milliat porte ses fruits en 1928, lors des Jeux d’été, où 277 femmes obtiennent le droit de participer aux épreuves d’athlétisme, face à 2 606 hommes.
Malgré cette avancée majeure, les deux fédérations féminines sportives, française et internationale, disparaissent définitivement en 1936 pour être absorbées par l’instance olympique existante.



Billie Jean King : la reine du court

En matière d’égalité femmes/hommes, le Tennis est souvent pionnier. En 1973, Billie Jean King, championne incontestée qui finira sa carrière avec 129 titres, dont 12 du Grand Chelem, menace de ne pas participer à l’US Open si les primes accordées aux femmes ne s’alignent pas sur celles des hommes. L’affaire prend de l’ampleur, et le 20 septembre de la même année, la tenniswoman affronte Bobby Riggs, ancien numéro un mondial provocateur et misogyne, lors d’un match d’exhibition hautement médiatisé, qu’elle remporte.
L’US Open devient le premier tournoi de Tennis où les revenus des femmes et des hommes sont identiques, du premier au dernier tour. Il faut cependant attendre de nombreuses années pour que l’Open d’Australie (2000), Roland-Garros et Wimbledon (2007) suivent le mouvement.



2019 : le match n’est pas encore terminé

L’an dernier, les Jeux Olympiques d’hiver atteignaient l’égalité parfaite : 50 % d’épreuves féminines et 50 % d’épreuves masculines. Mais il reste encore beaucoup de choses à faire pour que cette égalité se retrouve dans tous les aspects du sport, notamment sur la rémunération et les primes des joueuses, encore très inférieures à celles de leurs homologues masculins.
La récente coupe du monde de football féminin a d’ailleurs permis de mettre en lumière ces écarts importants. La compétition, avant même de débuter, s’est vue marquer par le boycott d’Ada Hegerberg, Norvégienne première lauréate du Ballon d’Or féminin de football. Accusant sa fédération de ne pas en faire assez pour promouvoir son sport, elle a déclaré : « Si l’équipe nationale veut atteindre les objectifs et les résultats que l’encadrement a fixés, ça nécessite, selon moi, des améliorations dans plusieurs domaines, à la fois dans la planification, dans l’exécution et dans le suivi ».
Et peut-être qu’un jour, l’expression « sport féminin » sera remplacée par « sport », tout simplement.