L’entreprenariat féminin et le poids des stéréotypes



Les stéréotypes sont encore très présents dans l’entreprenariat féminin et peuvent constituer un frein important pour les femmes souhaitant entreprendre. Alors comment faire évoluer les choses et booster l’entreprenariat féminin ?

Les femmes et le handicap

Les stéréotypes de genre sont définis par des caractéristiques arbitraires (fondées sur des idées préconçues) attribuées à un groupe de personnes en fonction de leur sexe. Ils ont un impact sur les rôles attribués aux femmes et aux hommes dans la société et servent de prétexte à les cantonner à certains rôles sexués.

Or, si nous recensons les stéréotypes liés à l’entreprenariat féminin, il semble alors évident que les femmes ne sont pas faites pour entreprendre… Les idées préconçues sont nombreuses, comme : « Les femmes ne sont pas attirées par l’entreprenariat » et puis, « Elles sont trop sensibles pour cela et manquent d’autorité », en plus « Elles n’ont pas confiance en elles » et dans tous les cas « Elles ne seraient pas disponibles car elles doivent s’occuper des enfants ». Ajoutons à cela que « De toute façon, la banque ne voudrait pas leur prêter de l’argent car elles ne sont pas crédibles dans leurs projets ».

Tant de raisons qui généralisent une image unique de la femme et réduisent sa représentation à un schéma, en l’espèce très négatif. Pourtant, nous observons dans les Bouches-du-Rhône que 38% des entrepreneurs sont des femmes, selon une étude réalisée en 2017 par la Maison de l’Emploi de Marseille (ce qui est proche de la moyenne nationale). Alors comment expliquer que ces stéréotypes soient encore présents dans notre société ? Comment les déconstruire ?



L’impact des stéréotypes

Les stéréotypes négatifs peuvent avoir un effet direct sur les comportements et les performances. On parle alors de « menace du stéréotype » : le fait d’être confronté à un stéréotype négatif qui concerne sa propre personne conduit à sous-performer. Ainsi, ces freins peuvent avoir pour conséquence principale l’autocensure.

Selon une étude menée par la Women Initiative Fondation en 2018 sur la diversité entrepreneuriale, les femmes entrepreneures en France seraient 86 % à reconnaître leur autocensure et leur manque de confiance en soi. Cela peut avoir de lourdes conséquences sur l’image que les femmes projettent d’elles-mêmes et de leur avenir, conséquence que l’on relie souvent au « complexe de l'imposteur ». Ce complexe ou syndrome, lié au manque de confiance en soi, désigne le fait de nier la propriété de toute réussite. Il toucherait particulièrement les femmes entrepreneures, qui, malgré la création ou plus rarement, la reprise d'une entreprise réussie, ont le sentiment de mentir sur leurs compétences ou ne se sentent pas toujours légitimes pour défendre leur projet. « Cette question de la légitimité se pose d'autant plus fortement qu'en créant leur entreprise, elles doivent évoluer dans un univers essentiellement masculin, où l'intimidation peut vite devenir la règle » indique Anne Boring, économiste et chercheuse spécialisée dans l’analyse des inégalités femmes-hommes dans le monde du travail.




Les freins à l’entreprenariat féminins

Les contraintes à l’entreprenariat sont nombreuses. En effet, un sondage CSA pour KPMG d'avril 2015 avance que concilier vie professionnelle et vie personnelle constitue le premier obstacle pour 19% des dirigeantes interrogées. Un chiffre à nuancer puisque les hommes l'évoquent également pour 16% d'entre eux.

En termes de besoins de financement, si hommes ou femmes rencontrent des difficultés, nous observons que le taux de rejet de crédit bancaire, de 2,3 % pour les hommes, atteint 4,3 % pour les femmes (étude OpinionWay de janvier 2017). Or selon cette même étude, 35 % des femmes entrepreneures estiment avoir besoin d'un soutien sur le plan financier.

Ainsi, les freins à l’entreprenariat sont similaires pour les femmes et pour les hommes, il s’agit par exemple de besoins de financement, la peur de perte de revenus, la peur de l’échec ou les contraintes familiales. Pourtant, les écarts restent importants car le poids des stéréotypes influencent toujours les chiffres. Il est donc essentiel de sensibiliser aux impacts de ces stéréotypes dès le plus jeune âge pour faire changer les mentalités. Prendre conscience des stéréotypes permet de lutter contre ces derniers. En effet, le psychologue Florent Fourtier, dans le cadre de l’action Stéréopub organisée par la Cité des Métiers et le Mucem, qui a pour objet de sensibiliser des classes de 3ème, insiste auprès des jeunes sur le fait que « Les stéréotypes créent la réalité telle que je la vois ».



Les initiatives pour développer l’entreprenariat féminin

Afin de déconstruire ces stéréotypes et sensibiliser les femmes à l’entreprenariat, de nombreuses initiatives ont vu le jour.

L’Agence pour l’entreprenariat féminin a été créée en 2014 par Goretty Ferreira pour soutenir les femmes dans leur démarche. Accompagnement individuel et sur-mesure, ateliers collectifs ou encore conférences thématiques sont au programme.

En 2018, Sciences Po a ouvert une Chaire pour l’entrepreneuriat des femmes chapeauté par Anne Boring. L’idée est de permettre la prise de conscience des stéréotypes de genre et de créer des enseignements basés sur la recherche et structurés autour des connaissances scientifiques.

Par ailleurs, l’initiative PEPITE, pour Pôles Etudiants Pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat, a été lancée par les ministères de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de l’Economie et des Finances avec pour objectif d’accompagner les étudiantes et les entrepreneures à faire éclore leur projet. Au niveau national, 26% de femmes bénéficient de ce statut d’étudiant-entrepreneur.

Enfin, le plan « Entreprendre au féminin » du gouvernement créé en 2013, dont la finalité est d’augmenter le nombre de création d’entreprises initiées par des femmes, est quant à lui reconduit jusqu’en 2020. Il permet de sensibiliser et d’informer les créatrices d’entreprises, d’accompagner les cheffes d’entreprises et de faciliter l’accès aux financements.

Alors, qu’attendez-vous pour vous lancer ?!